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Sassafras, le jardin comme inspiration

Fondée en 2004 à Kyoto, Sassafras dessine ses vêtements depuis le potager. Comment Takashi Takagi a fait du jardinage une méthode de coupe — et pourquoi des pièces pensées pour biner et arroser finissent au rang des plus convoitées du vestiaire japonais.

L'Apprêt · Juin 2026 · 6 min de lecture

La plupart des marques partent d'une planche d'inspiration, d'un tissu, d'une référence. Sassafras est partie d'un jardin. Son fondateur, Takashi Takagi, est avant tout un jardinier ; c'est en constatant que son vieux surplus militaire ne répondait pas tout à fait aux gestes du jardinage — tailler, creuser, arroser, se relever — qu'il a entrepris de dessiner des vêtements qui, eux, y répondraient. De ce point de départ minuscule et très concret est née l'une des garde-robes les plus discrètement désirables du Japon.

01Une marque née d'un geste

En 2004, à Kyoto, Takashi Takagi lance Sassafras avec une équipe de trois personnes. Pas de grand récit de mode à l'origine, mais une observation d'usage : les vêtements de travail qu'il portait au jardin — souvent d'anciennes pièces militaires — gênaient plus qu'ils n'aidaient. Trop raides, mal taillés, pensés pour un autre corps et d'autres gestes. Takagi décide alors de prendre le jardinage pour boussole et de tout redessiner à partir de là. Vingt ans plus tard, l'activité reste le fil conducteur de chaque collection : Sassafras fabrique, littéralement, des vêtements pour le jardinier qui sommeille en chacun de nous.

02Le jardinage comme cahier des charges

Ce qui distingue Sassafras d'un simple vestiaire workwear de plus, c'est que la fonction y précède toujours le style. La forme n'obéit pas à une silhouette à la mode, mais à un geste précis : une poche taillée pour un sécateur, une hauteur de taille qui tient quand on s'accroupit, une emmanchure qui ne tire pas quand on lève le bras vers une branche. Takagi puise dans le vêtement de travail et l'uniforme militaire d'autrefois, puis en assouplit les lignes — épaules tombantes, volumes amples, matières moins rêches. Le tout est fabriqué au Japon, à un niveau d'exigence qui se lit dans les coutures et les tissus. C'est un workwear, mais un workwear de jardinier : moins défensif, plus généreux dans le mouvement.

03Une nomenclature de jardinier

Le plaisir de Sassafras tient aussi à ses noms. Fall Leaf Sprayer, Gardener Jacket, Digs Crew, Overgrown, Gardening At Night, Garden Hole, Cultivator : la marque s'est constitué un petit lexique horticole, ponctué de clins d'œil musicaux, qui raconte à lui seul son univers. Le pantalon Fall Leaf Sprayer, l'un de ses classiques, n'est au fond qu'un cargo débarrassé de sa lourdeur — poches enveloppantes, poches internes, tout le pratique sans l'attirail. Jusqu'au nom de la maison : le sassafras est un arbre. Difficile de trouver enseigne plus cohérente pour une marque qui pense depuis le végétal.


Une veste de jardinier Sassafras proposée chez L'Apprêt.

04Pourquoi cela dépasse le potager

Le paradoxe est connu des amateurs : des vêtements conçus pour un usage aussi étroit finissent par être les plus polyvalents. Parce qu'ils sont pensés pour le mouvement réel d'un corps qui travaille, ils tombent juste partout ailleurs — en ville, en voyage, au quotidien. La coupe ample pardonne, la matière vieillit bien, l'intention reste lisible. Tailler une plante, tailler une veste : dans les deux cas, il s'agit d'ôter le superflu pour ne garder que ce qui sert. C'est cette honnêteté de propos, plus qu'un logo, qui fait la valeur d'une pièce Sassafras.

05Sassafras, vu de chez L'Apprêt

Sassafras appartient à cette famille de marques japonaises que l'on choisit pour l'intention plutôt que pour la griffe — celles où l'étiquette est une signature de travail, non un slogan. En seconde main, on y cherche les pantalons à grandes poches et les vestes de jardin dans leurs versions denim ou coton solides, des pièces qui ont déjà commencé à se patiner et n'en seront que mieux. C'est exactement la volonté de L'Apprêt : des vêtements chinés, préparés, transmis, faits pour durer et pour servir. Le jardin de Takagi continue, ainsi, de donner ses fruits bien au-delà de Kyoto.

Des pièces faites pour durer, déjà éprouvées.

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